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Plomber sa raquette : où poser le plomb, et ce que ça change vraiment

5 sept.
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 sept.

Plomber une raquette n'a rien d'ésotérique. C'est la seule modification qui permet de déplacer les valeurs d'un cadre sans en changer, et elle coûte quelques grammes de matière.

Encore faut-il savoir ce qu'on déplace. On ne cherche presque jamais du poids : on cherche une répartition. Le même gramme, posé à quatre endroits différents, produit quatre effets sans rapport les uns avec les autres.

Ce qui bouge quand vous ajoutez un gramme

Trois valeurs bougent en même temps, et pas dans le même sens.

La masse augmente d'un gramme, où que vous le posiez. C'est la seule des trois qui ne dépend pas de la position.

L'équilibre se déplace vers l'endroit où vous avez posé la matière. Un gramme en tête rend la raquette plus lourde en tête ; un gramme dans le talon la rend plus maniable.

Le swingweight dépend du carré de la distance. C'est le point que presque personne n'explique, et c'est celui qui décide de tout : la contribution d'une masse ajoutée vaut sa masse multipliée par le carré de sa distance à l'axe de rotation, pris par convention à 10 cm du talon.

Concrètement, pour un cadre de 27 pouces, un gramme ajouté :

  • en tête (12 h), à environ 58 cm de l'axe, ajoute de l'ordre de 3,4 kg·cm² de swingweight ;

  • à 3 et 9 h, à environ 45 cm, de l'ordre de 2 kg·cm² ;

  • au cœur, à environ 30 cm, de l'ordre de 0,9 kg·cm² ;

  • dans le manche, à environ 10 cm, de l'ordre de 0,1 kg·cm² — autant dire rien.

Ces quatre valeurs sont calculées, pas relevées. Le seul chiffre qui compte est celui qu'on mesure sur votre cadre, avant et après. Mais l'ordre de grandeur suffit à comprendre pourquoi un gramme en tête vaut trente-quatre grammes dans le manche, du point de vue du swingweight.

Les positions, et ce que chacune sert à déplacer

12 heures — le sommet du tamis. Le levier maximal. Deux grammes ici transforment la raquette : elle traverse mieux la balle, se laisse moins dévier, et devient nettement plus exigeante à mettre en place. C'est la position pour un joueur qui trouve son cadre trop léger *à la frappe*, pas trop léger en main. À manier avec précaution : c'est aussi la position qui rend une raquette injouable le plus vite.

3 et 9 heures — les flancs du tamis. La position la plus utile et la moins spectaculaire. Elle augmente le swingweight modérément et surtout le twistweight : la résistance du cadre à tourner autour de son axe long quand la balle arrive décentrée. Si vos balles prises près du cadre partent molles et courtes, c'est ici qu'il faut regarder, pas en 12 h.

10 et 2 heures. Un compromis entre les deux précédentes. Utile quand 3 et 9 h ne suffisent pas et que 12 h est déjà trop.

Le cœur. Peu d'effet sur le swingweight, effet net sur l'équilibre et sur la masse. C'est la position discrète, celle qui alourdit sans changer la façon dont la raquette se manie.

Le manche et le talon. Aucun effet utile sur le swingweight, effet maximal sur l'équilibre. C'est la position de contrepoids : elle sert à rendre de la maniabilité à un cadre qu'on vient de plomber en tête, ou à monter la masse totale sans rien changer d'autre. C'est aussi celle qui augmente le recoilweight, donc la stabilité au contact.

Le recoilweight, la valeur qu'on oublie

Le swingweight décrit ce que la raquette fait quand vous la faites tourner autour de la main. Le recoilweight décrit ce qu'elle fait quand la balle la percute : combien elle recule et vibre librement, main desserrée.

Il se calcule ainsi :

RW = SW − ((Masse / 1000) × (Équilibre − 10)²)

Il monte dès que vous ajoutez de la masse ailleurs qu'au point d'équilibre, et d'autant plus que cette masse en est loin. Sur un cadre de 310 g équilibré à 32 cm et mesuré à 320, quatre grammes à midi font passer le recoilweight de 170 à 175 ; les mêmes quatre grammes au talon le portent à 174. Autrement dit, charger la tête ne dégrade pas la stabilité au contact — ce qu'il faut ensuite racheter avec un contrepoids dans le manche, c'est la maniabilité et le timing, pas l'encaissement. Les deux gestes vont ensemble pour cette raison-là.

Combien, et dans quel ordre

Une règle de méthode, et elle vaut plus que tous les ordres de grandeur : une seule modification à la fois, et deux ou trois séances entre chaque.

Si vous posez deux grammes en tête et quatre dans le manche le même jour, vous ne saurez rien de ce que chacun a fait. Vous saurez seulement que « c'est mieux » ou « c'est moins bien », ce qui n'est pas une information exploitable.

Deuxième règle : la symétrie. Sur les flancs, la même masse à gauche et à droite, à la même hauteur. Une asymétrie de deux grammes suffit à déséquilibrer le plan de frappe.

Troisième règle : commencez petit. Un gramme se sent. Deux grammes en tête, c'est déjà un changement franc.

Plomb adhésif ou mastic : lequel, et où

Le plomb adhésif se pose en bandes fines sur le pourtour du tamis, sous le jonc quand c'est possible, ou par-dessus, à l'extérieur. Il se découpe au millimètre, se pèse facilement, et se retire. C'est l'outil du réglage précis sur le tamis. Notre bande de plomb Pro Tour, en 16 g, est faite pour ça.

Le mastic de lestage va là où une bande ne peut pas aller : à l'intérieur du manche, par le talon. Il se tasse, se dose, et ne bouge plus. C'est l'outil du contrepoids. Notre mastic noir, en 24 g, sert exactement à cela.

Deux précautions matérielles. Le plomb posé à l'extérieur du tamis s'abîme et se décolle : recouvrez-le, ou posez-le sous le jonc. Et comme pour toute manipulation de plomb, on se lave les mains après avoir découpé la bande, et on ne laisse pas les chutes traîner.

Ce que le plomb ne fera pas

Il ne change pas la rigidité du cadre. Un cadre mou reste mou, un cadre raide reste raide — le RA ne se règle pas.

Il ne change pas le tamis, ni le plan de cordage, ni ce que le cordage fait à la balle. Si votre problème est que la balle tombe court quand vous brossez, regardez d'abord le cordage et la tension.

Et il ne rattrape pas une raquette qui n'est pas la vôtre. On déplace des valeurs de quelques pour cent, pas de familles entières. Si l'écart entre ce que vous jouez et ce qu'il vous faudrait est important, aucun plomb ne le comblera. Dans ce cas, c'est le cadre qu'il faut reprendre, pas le lestage : le configurateur pose les six questions qui décident du gabarit, de la masse et de la longueur ensemble.

Le protocole, pas à pas

Six étapes. Elles prennent une demi-heure, et elles évitent de refaire trois fois le même travail.

  • Pesez la raquette cordée, telle que vous jouez, surgrip et antivibrateur compris. Notez la valeur.

  • Relevez l'équilibre en posant la raquette en travers d'un bord de table jusqu'à ce qu'elle tienne seule, puis mesurez depuis le talon. Notez.

  • Décidez d'une seule zone et d'une seule masse. Découpez la bande, pesez-la avant de la poser : une bande de plomb ne se juge pas à l'œil.

  • Posez symétriquement. Sur les flancs, la même masse à trois heures et à neuf heures, à la même hauteur. Sous le jonc si le cadre le permet, sinon à l'extérieur et recouvert.

  • Remesurez masse et équilibre. L'écart doit correspondre à ce que vous avez posé ; s'il ne correspond pas, quelque chose s'est décollé ou vous avez mal pesé.

  • Jouez trois séances, puis notez. En une phrase, et en comportement : ce qui a changé au fond de court, au filet, au service, et en fin de match.

Si le résultat est mauvais, retirez tout et repartez du point de départ. C'est la raison pour laquelle on ne fait qu'une modification à la fois : elle est réversible, et vous savez exactement ce qu'il faut annuler.

Trois réglages types, et ce qu'ils déplacent

« Elle recule sur les balles lourdes. » Le problème est le plus souvent la stabilité au contact, pas la masse totale. Deux grammes à trois et neuf heures, plus deux grammes dans le manche pour ne pas alourdir la mise en place. Vous montez le twistweight et le recoilweight sans transformer la raquette en marteau.

« Elle manque de pénétration, la balle meurt au rebond. » Là, c'est le swingweight. Un à deux grammes à midi, et un contrepoids dans le talon si la raquette devient trop lourde en tête à votre goût. C'est le réglage le plus efficace et le plus risqué : au-delà de deux grammes, on change de raquette plutôt qu'on ne la règle.

« Elle est trop lourde en tête, j'arrive en retard. » On n'enlève pas de matière au tamis — il n'y en a pas à enlever. On ajoute dans le talon. Quatre à six grammes au talon — pas au milieu du manche : entre les deux, la différence est du simple au double — descendent l'équilibre de 0,4 à 0,6 cm, augmentent la masse totale, et laissent le swingweight inchangé à moins d'un point près. La raquette devient plus stable et plus maniable en même temps, ce qui paraît contradictoire et ne l'est pas.

Dans les trois cas, les ordres de grandeur ci-dessus sont des points de départ, pas des prescriptions. Le seul chiffre qui compte est celui qu'on relève sur votre cadre.

Le faire soi-même, ou le faire mesurer

Se plomber la raquette soi-même est un excellent exercice, à condition d'accepter qu'on travaille à l'aveugle sur le swingweight : une balance de cuisine donne la masse et un bord de table donne l'équilibre, mais le swingweight, non. Le simulateur de la page Comprendre comble une partie de cet angle mort : il calcule le déplacement avant que vous ne découpiez la moindre bande.

C'est précisément ce que fait un réglage ProSetup : on mesure les trois valeurs sur votre cadre, on établit ce qui doit bouger et de combien, on pose la matière, on remesure, et on vous remet le relevé écrit, avant et après. C'est aussi la prestation d'appairage, quand vous jouez deux cadres du commerce que rien n'a jamais alignés — une raquette Matcheur, elle, est réglée à la commande au dixième de gramme, et ne subit pas cette dispersion.

Pour comprendre comment les trois valeurs se combinent avant de commencer à découper des bandes, le guide complet des réglages les prend une par une.


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